Ce qui ne nous résiste pas
L’épreuve des impressions — septembre 2026
Ce que j’ai lu
Conjurer la bêtise artificielle : Mazarine M. Pingeot dialogue avec Catherine Malabou
Propos recueillis par Alexandre Lacroix — Philosophie Magazine — 20 août 2026
Catherine Malabou dit avoir franchi un pont : elle écrit avec la machine et s’adresse à elle comme à un autre, en qui elle voit une figure du Lecteur. Mazarine M. Pingeot refuse ce pas : l’altérité véritable résiste, là où un modèle exécute les requêtes qu’on lui soumet. Voir la source
L’épreuve
Les stoïciens appelaient assentiment ce moment où nous acquiesçons à une impression qui se présente. Toute leur discipline tient dans l’intervalle qui le précède : arrêter l’impression, l’examiner, ne pas la confondre avec la chose. Il ne s’agissait pas de se méfier de tout, ce qui serait une autre forme d’aveuglement, mais de ne pas dire oui avant d’avoir regardé.
Le désaccord entre les deux philosophes touche exactement cet intervalle. Pour qu’il y ait examen, il faut une prise, quelque chose qui fasse obstacle assez longtemps pour qu’on ait à trancher. Une parole humaine oppose cette résistance : elle peut nous juger, nous manquer, nous obliger à reprendre. Une réponse qui s’ajuste à notre attente, non.
Ce qui change n’est donc pas la nature de nos impressions, mais leur coût. Une phrase bien tournée demandait un travail, et ce travail nous renseignait : quelqu’un avait cherché ses mots. Aujourd’hui elle ne coûte rien et ne renseigne sur rien. Elle ne nous trompe pas nécessairement ; elle nous dispense du moment où nous aurions pu dire non.
Une question
Si une parole n’engage plus personne, engage-t-elle encore celui qui l’approuve ? À qui revient désormais la responsabilité de l’assentiment ?
