Haïkus stoiciens – une brève histoire

Pourquoi des haïkus stoïciens ?

Le stoïcisme est venu à moi par glissement, par une phrase qui accroche au détour d’une lecture.
Une piste, au sens deleuzien du rhizome :
non pas une ligne droite, mais une émergence, une connexion qui soudain résonne.

La dichotomie du contrôle a été la première de ces émergences.
Je l’ai expérimentée pour en mesurer les effets.
Séparer ce qui dépend de moi de ce qui n’en dépend pas.
Un geste qui, dans ma pratique professionnelle, a considérablement réduit la surcharge cognitive propre à ma fonction et qui surtout m'a permis de trouver plus de tranquillité pour mieux accompagner mes collègues, qui parfois étaient submergés émotionnellement.

D’autres lignes du rhizome se sont alors déployées avec Sénèque, Marc Aurèle et quelques contemporains comme Pierre Hadot (Exercices spirituels et philosophie antique, Albin Michel) et William B. Irvine (A Guide to the Good Life, Oxford University Press).
Des rencontres qui, peu à peu, ont commencé à s’articuler.

Depuis longtemps déjà, j’étais attirée par les haïkus.
Une forme brève, dépouillée, comme une tentative épurée de saisir le réel.
L’Anthologie du poème court japonais (Gallimard) m’a fait découvrir cette manière de dire l’instant sans le figer, de toucher le monde avec le minimum de mots.

Pour moi, le monde ne m’est pas immédiatement accessible.
Il est traversé de codes implicites.
Le lien aux autres ne va pas de soi, sauf dans le cadre clinique où la relation est tenue, structurée, soutenue par une fonction.

Face à cette opacité, j’ai tenté de comprendre le fonctionnement du monde, de mes congénères en m'inspirant, pour le schématiser, de mécanismes d'horlogerie et autres. J'ai testé les logigrammes, créé des structures algorithmiques pour mieux me situer et interagir.
Comme si la forme pouvait contenir l’incompréhensible.
Comme si la rationalité pouvait suffire à apaiser l’énigme du monde.

Ces tentatives m’ont donné des repères, mais elles ont trouvé des limites propres à la complexité.

Le stoïcisme, lui, a offert une mise en pratique immédiate et dont j'ai pu éprouver rapidement les effets.

Un jour, j’ai créé un réel sur Instagram. Trois vignettes pour trois lignes. Un moment de tranquillité face à l'Océan :

L'écume s'efface Comme les pensées passent Je reste ancrée là.

Ce n’était pas un poème.
Ce n’était pas un exercice littéraire.
C’était l'expression spontanée d'un outil à portée de main.

J’ai recommencé.
Et de cette répétition est née une idée :
construire quelque chose sur mesure pour moi-même.
Une méthode brève.
Une manière de soutenir mon être au monde en orientant l'écriture d'haïkus des principes stoïciens pour qu'ils deviennent exercices spirituels.

Et puis, un autre mouvement est apparu.
Le désir de partager.
Non pas pour enseigner.
Non pas pour transmettre une doctrine.
Mais pour ouvrir un espace d’expérimentation.
Pour voir ce que cette pratique devient lorsqu’elle quitte mon monde et rencontre d’autres vies.

C’est ainsi qu’est né l’espace des haïkus stoïciens.

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